Le roi Louis XV au Havre en 1749

   

Commentaires des six gravures
qui illustrent le grand livre intitulé

Relation de l’arrivée du Roi au Havre,
le 19 septembre 1749

et des fêtes qui se sont données à cette occasion.

 

 

1ère gravure : Arrivée du Roy au Havre de Grace dont les clefs sont présentées à Sa Majesté à son entrée par le Duc de Saint-Aignan, gouverneur, à la tête des Magistrats, le 19 septembre 1749.

Louis XV et sa suite se présentent devant : la Porte d’Ingouville. C’était alors le principal accès à la ville entièrement fortifiée. Bâtie en 1628 sous le gouvernement du cardinal de Richelieu, elle sera démolie vers 1790 pour être reconstruite sous une autre forme dans la nouvelle enceinte repoussée 400 mètres plus au nord. Son emplacement est aujourd’hui matérialisé au sol par des pavés de couleur à l’angle des rues de Paris et Richelieu. 

Sur la gauche, on peut voir le gouverneur royal, Paul Hippolyte de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan  et  les magistrats municipaux prosternés en signe de soumission. Selon l’antique tradition des entrées royales, ils présentent solennellement les clefs de la ville au roi assis dans son carrosse.

Les cavaliers, représentés au premier plan, semblent être les jeunes gens du corps de volontaires havrais constitué pour l’occasion par François-Xavier de Virieu de Beauvoir, lieutenant du roi au Havre, délégué du gouverneur sur place.

 

2ème gravure : Carenne d’un navire dans le Bassin du Havre en présence du Roy, le 20 septembre 1749.

L’actuel Bassin du Roy était réservé à la marine royale. Pour cette raison, il était le seul à être à flot et entièrement clos de hauts murs. Le spectateur est situé sur le pont-écluse reliant le quartier Notre-Dame, à gauche, au quartier Saint-François, à droite, et tourne son regard vers le nord.

A droite, le roi, assiste à une spectaculaire opération de carénage depuis la galerie des casernes de la Marine, qui avaient été construites de 1733 à 1735.

Le long du quai de la Caserne, un navire est en cours de carénage ; cette opération à haut risque consiste à coucher le navire afin de faciliter le nettoyage de la coque et de permettre la réfection du calfatage. Des fagots brûlent sous la coque pour faire fondre le goudron qui la couvre tandis que deux marins actionnent une pompe à bras munie d’une lance à eau afin d’empêcher que le navire ne s’embrase.

Sur la  gauche, trois vaisseaux sont accostés au quai aux Videcoqs (l'actuel quai Videcoq). Sur leurs ponts les spectateurs se pressent tandis que des marins sont postés sur les vergues.

Au milieu du bassin, quatre canots se préparent pour des joutes nautiques. Au fond, on aperçoit l’arsenal de la Marine qui servait à l’approvisionnement et à la logistique de la flotte de guerre basée au Havre. Construit sur ordre de Colbert en 1669, il sera modifié et embelli en 1776. On n’en conserve plus aujourd’hui que les monumentales portes sculptées.

Des personnalités, regroupées devant l’arsenal et près de trois navires désarmés, assistent au spectacle. Au-delà, à l’extrémité de l’enclos, la foule se masse sur le bastion de la Musique, planté d’arbres, l’un des points forts de l’enceinte de la ville.

 

3ème gravure : Le Roy étant sur le balcon des cazernes de la Marine du Havre voit exécuter différentes manœuvres et un joute, le 20 septembre 1749.

Nous sommes encore sur le bassin du Roy. L’artiste s’est placé de l’autre côté, devant l’arsenal, et regarde vers le sud.

Au premier plan, plusieurs embarcations le parcourent en tous sens pour permettre aux plus chanceux d’assister aux premières loges à la joute nautique dont le vainqueur remportera un prix constitué d’une épée d’argent, d’un chapeau et d’une écharpe bordée d’argent.

A l’extrémité du bassin, la flûte Le Chariot Volant, rebaptisée pour l’occasion Le Chariot Royal, est à quai devant les casernes et armée en guerre. Après que le roi eut visité le vaisseau, on lui fit montre de quelques manœuvres des voiles, chose toujours spectaculaire pour des terriens ; l’on distingue les matelots juchés dans les hauts.

Sur la rive sud, voici à gauche les casernes de la Marine d’où le roi et sa suite admirent le spectacle. Au fond, on aperçoit, l’écluse qui maintient à flot le bassin. Au-delà se pressent de nombreux bâtiments de commerce dans le bassin à marée.

A droite enfin, le long du quai aux Videcoqs, quatre navires sont à quai.

 

4ème gravure : Illumination de la Grande rue de la ville du Havre de Grace et d’un vaisseau à l’entrée du port pour terminer la perspective, les 19 et 20 septembre 1749.

Les soirs des 19 et 20 septembre, la Grande Rue Saint-Michel, déjà abondamment décorée, fut illuminée en l’honneur du roi. Nous la voyons ici en direction de l’entrée du port. Autrefois principale artère de la ville, c’est aujourd’hui la rue de Paris. De nombreux lumignons avaient été fixés à un décor de bois et de plâtre, recouvert de feuillages. Sous les arcades sont suspendues alternativement les lettres M et L entrelacées, le M pour la reine Marie Leczynska et le L pour Louis XV, symboles d’amour conjugal. Cette scénographie accentue l’aspect théâtral des lieux : la largeur de la rue et la hauteur des maisons ou du clocher de l’église Notre-Dame ont été délibérément exagérées par le dessinateur. Cet artifice permet d’une part à l’artiste d’agrandir l’espace et de l’autre au commanditaire de l’œuvre de flatter la vanité tant des pouvoirs municipaux que du couple royal et des courtisans.

De nombreux personnages se rencontrent, se saluent et admirent les illuminations. Il s ’agit essentiellement de personnes dites de qualité, à savoir des nobles et des courtisans, ou encore des bourgeois. La plupart d’entre elles furent d’ailleurs logées dans les demeures des notables havrais.

Au premier plan, plusieurs groupes sont particulièrement caractéristiques : deux marins, portant des chapeaux plats et fumant la pipe, et un couple de bourgeois, semblent s’observer mutuellement. Derrière eux, deux capucins, remarquables à leurs barbes et à leur robe, se mêlent à la foule.

Au centre, un groupe de dames de la cour, vêtues de robes à la française et armées de leurs éventails, devisent en compagnie de gentilshommes portant l’épée au côté, privilège de la noblesse. Un prêtre est salué par un bourgeois.

A droite de ce groupe et vue de dos, une dame, accompagnée par une gentilhomme, porte une remarquable coiffe cauchoise.

Observez dans l’angle inférieur droit , deux colporteurs qui suscitent manifestement le vif intérêt de trois jeunes enfants en costumes d’adultes miniatures.

Au centre de la gravure, légèrement sur la gauche, on remarque le clocher et le fronton de l’église Notre-Dame qui domine la scène.

Enfin, dans l’axe de la rue, le vaisseau L’Izac Nicolas est illuminé par d’innombrables photophores qui ont été disposés dans tout le gréément pour en souligner le dessin.

 

5ème gravure : Le Roy étant sur la plage de la rade du Havre voit lancer 3 navires à la mer et représenter un combat naval, le 20 septembre 1749.

L’après-midi est consacrée au lancement de trois navires sur la plage du Perrey. Cette opération toujours spectaculaire et risquée, ne pouvait avoir lieu qu’à marée haute en période de vives eaux, ce qui n’était malheureusement pas le cas ce jour-là. C’est pourquoi trois rampes d’une longueur de 70 mètres avaient été spécialement réalisées pour l’occasion. Cette scène se situe peu ou prou à l’emplacement de l’actuel Musée Malraux.

Au premier plan, sur l’épi à Pin, spectateurs enthousiastes assistent à l’opération de mise à l’eau que l’on voit se dérouler au second plan.
Les navires sont représentés aux trois étapes successives de l’opération, ce qui suggère une impression de mouvement. Remarquez les marins qui sont à bord car chargés d’assurer la stabilité du navire lors du lancement et de les ramener ensuite à quai.

Sur la gauche, voici un navire qui glisse sur la rampe et atteint l’eau. A son bord, une femme vêtue d’une longue robe s’est curieusement jointe aux marins en liesse, un détail bien peu vraisemblable. Le deuxième navire, L’Heureux Jean, semble sur le point de chavirer en dépit des efforts de l’équipage. Au centre de la gravure, le premier vaisseau, Le Prince de Condé, s’éloigne déjà. Le texte nous apprend que ce mouvement fut plus rapide que prévu en raison de la rupture inopinée d’une amarre.

Le roi et sa suite, placés sous un grand dais, assistent à ce spectacle vivant ainsi qu’à celui d’un simulacre de combat naval qui se déroule sur rade avec force fumée et canonnades.

 

6ème gravure : Le Roy sur la hauteur d’Ingouville, d’où sa Majesté observe le beau point de vue de la Ville du Havre de Grace, le 20 septembre 1749.

Au premier plan à gauche, le roi admire le point de vue. Il porte chapeau et canne et se tient devant son carrosse et le groupe des courtisans.  A droite, des cavaliers sabre au clair contiennent la population venue saluer le souverain.

Cette belle vue plongeante permet de découvrir au second plan la plaine d’Ingouville que borne la ville du Havre ceinte de ses remparts et que traverse une grande avenue rectiligne. C’est la chaussée d’Ingouville, aménagée et plantée d’arbres de haut jet dès 1738 et rapidement devenue la promenade favorite des Havrais.

A l’extérieur de la ville, on peut observer  quatre moulins à vent sur pivot central érigés devant  la Porte d’Ingouville. A droite de ceux-ci, voici le Parc aux Bois, une aire de stockage du bois destiné à la construction navale. Précisons que ces bois étaient en fait conservés immergés afin d’éviter qu’ils ne se dessèchent, chose qui les aurait rendus impropres à cet usage. Sur le rivage, quelques coques de navires en construction montées sur leurs bers figurent les chantiers navals du Perrey.

A l’intérieur des remparts, on distingue une  forêt de mâts dans le bassin et le port ainsi que le clocher de l’église Notre-Dame.

A l’arrière plan, au centre de l’image, deux navires évoluent sur fond de côte de Basse-Normandie : l’un est en Seine tandis que le second semble se diriger vers le port. Sur la droite, deux autres vaisseaux naviguent, en mer cette fois.