La guerre vue du Havre

Robert Varin, combattant durant la Première Guerre mondiale a été mitrailleur, à la 6e compagnie, de 1916 à 1918. Il a rédigé ses carnets de combats après son retour à la vie civile. Des aquarelles illustrent également certains moments de sa vie passée dans les tranchées. La famille avait heureusement conservé ces documents. Courant 2012, grâce à son petit-fils, Monsieur Dominique Varin, les carnets ont rejoints le fonds des Archives municipales du Havre, où ils peuvent maintenant être consultés (réf. GUE 214 et 72 Z). Ce fonds documentaire est également très largement exploité dans le cadre des ateliers pédagogiques organisés par les Archives municipales en étroite collaboration avec le service Educatif.

Mais qui était Robert Varin ?
Robert Marcel Varin est né, le 15 novembre 1897, au Havre. Appelé à combattre durant la Première Guerre mondiale, il a été absent de 1916 à 1918.

De retour à la vie civile, il a été commencé sa carrière, d’abord comme commis, puis rapidement comme employé de commerce de la maison Wagner, spécialisée dans l’importation des cafés. Il s’est marié avec Simone Beslié le 9 juin 1923. Il réside alors rue des Abricotiers, adresse qu’il ne quittera pas.

Un fils est né de cette union, le 10 juillet 1924. Réserviste, il a été appelé à servir au Fort de Sainte-Adresse, entre septembre et octobre 1938. Rappelé entre avril et mai 1939, il est affecté au titre de la maison Wagner, entre février et juillet 1940. Robert Varin a terminé sa carrière commerciale comme fondé de pouvoir.

A sa retraite, au début des années 1960, il a quitté le Havre, pour se rapprocher de son fils, et a fini ses jours à Mérignac en Gironde. Il est décédé le 4 avril 1979, à l’âge de 82 ans.

La guerre vue du Havre

Robert Varin, dès le mois d’octobre 1916, tient à jour un carnet personnel, dans lequel il note ses impressions sur son arrivée au sein d’un régiment destiné, au commandement et après une instruction de base, à monter au front. Il appartient à la classe 17. Il a été affecté depuis décembre 1915, en tant que jeune recrue au dépôt 87, régiment d’infanterie à Quimper. Le 27 octobre 1916, il apprend par la lecture d’une note de service qu’il doit rejoindre au plus vite, avec quelques camarades, le 204e régiment d’Infanterie, basé à Saint-Dizier.
Le départ a lieu le 30 octobre. Après une dernière inspection du commandant, ils embarquent dans le train. Ils y croisent des blessés qui regagnent leurs régiments. La réalité décrite par ces hommes est peu encourageante. Après 3 jours de voyage, les jeunes soldats arrivent enfin sur place, où ils ont répartis en fonction des besoins des compagnies, des sections et des escouades. Le dernier affrontement près de Verdun a causé des pertes sévères qu’il faut combler. Robet Varin, mitrailleur, est affecté au CM6. Il doit rejoindre la première ligne. Le théâtre dangereux des affrontements se trouve à Avocourt.
Au fil des jours et des semaines, il y découvre le quotidien de ces hommes, qui comme lui essaient de survivre entre les tirs rasant des mitrailleuses, les attaques des tranchées à la baïonnette, les bombardements au canon et les replis stratégiques. Malgré les escarmouches qu’il mène avec son escadron, il a la chance de ne pas être blessé. Mais il voit tomber nombre de ses camarades. L’hiver 1917, avec le gel, la neige, le vent, passe lentement. Lui succède un printemps éphémère qui amène l’escadron à changer de cantonnement. Il gagne la Champagne et s’arrête sur le massif de Moronvilliers.
L’été, attendu, n’en est que plus terrible. Car le lieu à défendre est situé en terrain calcaire, qui devient une gangue blanche avec la pluie et une poussière insidieuse avec la sécheresse. A la soif et à la boue succède la peur avec les tirs nourris d’obus allemands. 17 camarades sont tués en quelques minutes dans les tranchés. Robert Varin ne peut que constater, impuissant. A partir de ce moment et jusqu’en novembre, ce ne seront qu’attaques incessantes.
Bénéficiant qu’un congé il est appelé derrière les lignes. A son retour une semaine plus tard, il apprend que sa compagnie a été presque entièrement anéantie par les obus percutants et le gaz hypérite. L’hiver passe dans ce contexte de tensions extrêmes.
Au printemps et au début de l’été 1918, de nouvelles positions à défendre, aux abords de Trosly Loire, sont désignées par l’Etat Major. A la suite des affrontements qui durent des jours, les blessés se comptent par dizaines. Les morts restent dans les tranchées.
Nouveaux déplacements dans l’Aisne, puis vers la Champagne, avec un cantonnement près de Mourmelon à partir de septembre.
Depuis quelques temps, Robert Varin entend dire que sa section va être dissoute. En échange de cet espoir, début octobre, le régiment reçoit l’ordre de monter en ligne. Les premiers détachements tombent sous le feu des mitrailleuses allemandes. Il ne reste de solution, pour les survivants, qu’à attaquer les positions à la grenade.
Après quelques jours de repos, Robert Varin doit remonter en ligne, mais cette fois, vers les Vosges. En ce début novembre le temps est beau. Des nouvelles arrivent annonçant la capitulation de l’Autriche, puis de la Turquie. Le temps semble suspendu et le silence règne sur la campagne. Le 9 novembre, le régiment est appelé à rejoindre les environs de Belfort.
Une revue de troupes et la remise de décorations sont prévues pour le 10 novembre. Le 11 novembre, l’Allemagne a déposé les armes et l’armistice doit être signé à onze heures.



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