LE RETOUR A L’AIR LIBRE

Archives municipales du Havre, Journal Le Havre-Libre du 2-3 août 1958

Courant 1951 en prévision du centenaire de leur première inauguration, Casimir Delavigne et Bernardin de Saint-Pierre sortent de leur resserre. Le 26 novembre 1952 le Palais de justice leur est désigné. Elles sont mises en place le 27 décembre de la même année, au niveau des ailes droite et gauche du Palais de justice, lieu qu’elles occupent encore actuellement. Les socles de granit ont été refaits. Ce ne sont donc pas ceux d’origine.
Est-ce à dire qu’elles ont chassés les deux majestueux lions en pierre qui se trouvaient sur les marches du péron de l’édifice ?
Le lion le plus près de la rue Jean-Baptiste-Eyriès avait été endommagé en 1940 puis 1944 par les bombardements. Celui qui se trouvait le plus à l’est, était en meilleur état. Mais l'Etat, propriétaire des lions, décida, en 1947, qu’ils devaient disparaître. Ils furent remisés dans une allée contre la Maison de justice.
A la suite d’un arrêté préfectoral, c’est le 31 juillet 1958 que le lion le moins dégradé, est élingué, posée sur un plateau et acheminé vers Gournay-en-Bray où, depuis cette époque, il orne une espace vert municipal.
En avril 1974, les deux plumes des statues des écrivains furent volées. Celle de Casimir Delavigne a été retrouvée en mai, dans le jardin du Palais de justice. Elle fut alors gardée, dans le bureau du président du tribunal, durant presque un an, avant de faire l’objet d’une copie. La plume ne sera remise en place qu’à la fin des années 1980. Elle semble ne plus être visible de nouveau.
Dès 1975, devant les traces d’oxydation qui dénaturent les statues, la Ville du Havre ordonne une enquête pour déterminer le type de nettoyage le mieux adapté. Le 8 mai 1978, elles bénéficient d’un classement au titre des monuments historiques, procédure qui retarde le lancement de leur restauration.
C’est en 1985 qu’est lancé le chantier de remise en état pour un coût global de 115000 francs, soit l’équivalent de 30260 €, financés à hauteur de 57500 francs (soit environ 15100 €) par l’Etat, 28750 francs (soit environ 7500 €) par le Département, à parité avec la Ville.
Entre août et septembre 1989, un nouveau chantier, financé par la Ville avec l’aide de l’Etat, a permis à une entreprise rouennaise de procéder à un nettoyage des statues.
Les statues continuent d’être des vecteurs actifs de messages : tout récemment c’était en 2008, pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage, célébré en France le 10 mai de chaque année, la statue de Bernardin de Saint-Pierre a été affublée d’un bâillon, dénonçant par-là, l’assourdissant silence de cet écrivain qui, au-delà de sa vision romanesque et pessimiste de la vie humaine, ne dira mot contre l’esclavage, dans son œuvre magistrale ayant pour cadre l’île Maurice, ancienne Île de France, dans l’Océan Indien, près de l’Île Bourbon sa sœur jumelle, maintenant département français de la Réunion.


Collection privée, Th. Vincent.