LA TOUR FRANÇOIS-1ER, VIGIE DU HAVRE

Papegay

Le concours du papegay est un jeu d’adresse, héritier d’une tradition du Moyen-Âge, qui a été pratiqué dans la plupart des régions du royaume de France. Cependant, aucun indice ne permettait, jusqu’alors, de savoir si ce tir à l’oiseau d’argile avait été organisé au Havre de Grâce. La preuve en est apportée ici : C’est la tour François-1er qui est le théâtre des rencontres. Un mât de 10 m avec, à son extrémité, un oiseau en argile, est implanté sur la terrasse du monument. Les tireurs se placent sur le pas de tir, à 20 m du pied de la tour. La distance de tir est donc de l’ordre de 30 m. la cible est petite, vu d’en bas.

Le concours de tir, réservé aux bourgeois de la ville, est annuel. Organisé début mai, il fut dans les années 1530 destiné à distinguer le plus adroit des archers. Puis, le temps passant, l’arbalète et le carreau remplacèrent l’arc et enfin, vers 1620, l’arquebuse s’imposa. Selon les documents conservés dans les registres des recettes et dépenses de la Ville en 1635, le vainqueur, outre la notoriété, empoche une gratification de 120 livres, soit l’équivalent d’approximativement 300 €, à prendre sur les finances de la Ville.

Illustration encyclopédie et autre doc voir Th. V.)

Aignan Lecomte

Courant mai 1578, Aignan Lecomte, soldat natif de Caen, que l’on dit avoir été Protestant, subissait injustement les vexations du gouverneur de Sarlabos. Excédé par tant d’injustice, le soldat profita, un jour que le détachement dont il dépendait était occupé à diner à l’extérieur de la tour, pour se retrancher dans le lieu, qu’il ferma et défendit avec acharnement, refusant l’ordre qui lui était donné de se rendre.

Les bourgeois s’inquiétèrent de la situation. Le gouverneur ordonna la reddition du forcené. Il fut décidé d’organiser un assaut en plusieurs points de l’édifice. Un des assiégeants arrivé, par trois grandes échelles liées les unes à la suite des autres, jusqu’à la terrasse de la tour, tua le résistant d’un coup de pistolet. En sorte d’avertissement et de punition, le cadavre d’Aignan Lecomte, jugé comme un traitre, fut attaché par les pieds à un des créneaux durant une journée entière.

Deux illustrations : Chez Le Goffic, morceaux Choisis des Ecrivains havrais, p. 21 et 22 ref : C 100 bis

Vie privée et publique
des commandants
de la Tour François-1er

Le « commandant pour le roi de la tour et de la chaîne » a la responsabilité de la sécurité de la tour et de la chaîne qui barre le port. Il commande des gardes et pour cela, en 1763, il touchait 600 livres par semestre, soit l’équivalent de 120 € par mois !
Entre 1561 et 1790, 12 commandants ont été répertoriés. La nomination à la fonction de commandant relève des prérogatives du gouverneur de la Ville. Il ne peut donc s’agir d’une charge héréditaire. Cependant on note quelques malicieuses anomalies à ce fonctionnement. Tout commence avec Jean de Boutevillain Desbardins, entré en fonction en 1705. De son mariage avec Marie Charade, il eut une fille, Jeanne-Catherine. Le 25 janvier 1717, Charles Gaulin de varennes, 44 ans, capitaine d’infanterie, se marie avec Jeanne Catherine de Bouttevillain, 16 ans. Un mois après son mariage, Charles Gaulin, remplace son beau-père dans ses fonctions de commandant de la tour. Le couple eut à son tour une fille Marie Anne Françoise, baptisée le 21 avril 1719. Courant 1748, Pierre Collin, sieur de Beaulieu, major de bataillon, muté à la citadelle du Havre, rencontre la fille du commandant de la tour, qu’il épouse le 2 mai 1748. Un an plus tard, Pierre Collin remplace son beau-père démissionnaire, et devient donc commandant de la tour.

Deux illustrations : Chez Le Goffic, morceaux Choisis des Ecrivains havrais, p. 21 et 22 ref : C 100 bis

Les signaux :
une compétition en Tour
et jetée

C’est dans le dernier tiers du XVIIIe siècle que la terrasse de la tour François-1er se voit augmenté d’un télégraphe optique à bras articulés dit Télégrapghe Chappe. Il sera remplacé en 1807, par un autre système optique, plus performant, créé par le capitaine Dupillon. Puis contre toute attente, le ministère de la marine en 1814, fit démonter le système de communication, ce que la Chambre de commerce déplora au plan de la sécurité maritime.

Des essais d’un nouveau télégraphe nautique furent réalisés, en juin 1820. Les frères Luscombe, attachés au bureau de la Lloyd’s, parvinrent à imposer leur procédé. Un ancien mât de navire, de 45 mètres de haut, modifié en conséquence, fut dressé et haubané. Il permettait d’envoyer jusqu’à quatre boules d’une structure en filet, interprétable, par les capitaines des navires en attente au large, pour connaître la hauteur d’eau à l’entrée du port. En 1861, peu avant la démolition de la tour, le mât fut abattu et remplacé par une mâture métallique, placée devant l’ancien monument.

Pour les signaux de la tour : voir Santallier TOUR 102, p. 26

Les sous-sols
de la Tour François-1er :
magasin ou prison ?

Le projet d’édification de la tour François-1er fait clairement apparaître que dès l’origine les salles en sous-sol sont prévues pour conserver les poudres des navires entrant dans le port.
Les espions anglais sauront s’approprier cette donnée, pour la communiquer à qui de droit. L’information figure en toute lettre sur un plan daté de 1720-1750 sur lequel il est dit que la tour est un abri solide pouvant résister au bombardement et un magasin à poudres.
Cette destination des pièces en sous-sols comme lieu d’entrepôt va perdurer jusqu’au tout début du XIXe siècle.
Cependant, le plumitif (registre de délibérations) de la commune du Havre atteste que le lieu sert de prison dès 1560. Il sera de nouveau actif au temps de la Ligue et de la Fronde. Plusieurs graffiti, datés permettent de situer la période de présence de certains prisonniers entre 1643 et 1648.
L’un des derniers prisonniers du lieu fut, sous le règne de Louis XV, M. de Bocandé, dont un officier, désigné geôlier, accompagné d’un caporal et de quatre gardes, lui apportait ses repas, tout en le tenant au secret. Le prisonnier ne fut remis en liberté que par la grâce du gouverneur et du duc d’Harcourt.

Fig illustrative : les sous sols dans Le Havre d’Autrefois

Le scaphandrier et
les fondations

Contrairement aux prévisions du port et des ingénieurs en charge des travaux de destruction de la tour, celle-ci résista aux travaux de rasement et les charges d’explosif furent même utilisées, le 16 décemvbre1861, pour fragiliser le pilier central de la salle d’artillerie.

Les fondations posèrent encore plus de difficulté. Le travail s’étala de 1862 à 1868. Il fallait en effet extraire les pieux et éliminer les pierres du soubassement. Outre les dragues et les extracteurs, il fallut alors employer un scaphandrier. Un doute persiste quant à l’identité de ce spécialiste. S’agit-il du scaphandrier Pestel ?

En tout cas le travail a été fait et bien fait avec l’achèvement du chantier le 6 novembre 1868.

Fig illustrative : les sous sols dans Le Havre d’Autrefois

Rôle de la Tour :
l’histoire réinventée
des frères Raoullin

Un auteur havrais, nommé Léon Braquehais, publia le récit légendaire suivant : Le 16 mars 1599, le lieutenant Goujon voulut incarcérer les trois frères Raoullin dans les prisons de la tour François-1er. Ceux-ci ayant manifesté une forte résistance en tuant plusieurs soldats, trouvèrent eux-mêmes la mort dans le combat à l’épée qu’ils menaient.

Voici une autre version : Jean-Claude Raoullin avocat de son état, avait trois fils Isaïe, Pierre et Jacques. Quand vint le jour de leur donner un avenir, le père alla présenter ses fils au gouverneur, le duc de Villars, que ce dernier incorpora dans la garnison du Havre. Le gouverneur qui souhaitait agrandir ses propriétés, s’adressa à l’avocat Raoulin pour porter l’affaire en justice, afin qu’elle tourne en sa faveur. Mais l’avocat refusa toute compromission. Les fils qui avaient été admis dans l’entourage du duc, et dont l’un d’eux tomba amoureux de la jeune épouse du gouverneur, se virent dès lors refuser l’accès des appartements. Un jour, le duc, rentré plus tôt d’un conseil de ville, découvrit que sa femme le trompait, sans parvenir à identifier lequel des trois frères était coupables. Le lendemain il fit convoquer les fils de l’avocat et sous prétexte d’une rébellion à un ordre inacceptable, le duc fit assassiner les trois frères.

Gravure de l’épitaphe : p. 102 dans le volume HIS 146

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