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ARCHIVES - LE HAVRE   FR / EN
Ville du Havre -Seine-Inférieure - 1888 [vue en ballon] (5Fi68)
Exposition numérique

Petite histoire des rues du Havre

De l'Empire à la Restauration

Les travaux d’extension de la ville et du port engagés dans le plan Lamandé en 1787 se poursuivirent sous l'Empire pour ne s'achever que sous la Restauration. C'est alors que l'on revint aux dénominations antérieures à la Révolution.

 

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Le Havre en 1810 (1 Fi 147)

 

Les rues les plus marquées par l’idéologie révolutionnaire furent rebaptisées dès 1814-1815, de même que les saints retrouvèrent leurs titulatures égarées dans la tourmente. Les dernières le furent à l’occasion de l’achèvement de la nouvelle ville close et de la réalisation conjointe de nouvelles voies au nord et à l’ouest, de 1820 à 1825.

 

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Délibération du Conseil municipal du 14 mai 1822

1Dfm5 (f° 34-37)

Sur la proposition qu’a faite M. le Maire de procéder à la dénomination des rues et places dans la nouvelle enceinte de cette ville ; vu le travail qu’avoit préparé à ce sujet M. Sery, ancien maire, et a uquel M. le Maire actuel a annoncé n’avoir fait que quelques légers changements ; considérant qu’il devient indispensable et qu’il est même très urgent de s’occuper de cet objet, attendu qu’il s’élève journellement des maisons dans ce nouveau quartier, et que l’autorité municipale ne peut abandonner au hazard et au caprice des habitans de donner des noms à toutes les rues percées en cette partie ; mais qu’au contraire il convient que cette autorité indique d’une manière précise les noms sous lesquels ces rues doivent être désignées dans les actes entre particuliers et dans les rôles des contributions assiette de logement etc ; considérant aussi que déjà, par délibération de l’ancien Conseil général de la commune du 6 mai 1793, quelques rues en très petit nombre avoient reçu des noms dont la plupart se sont perpétués jusqu’à présent, mais que toutes les autres ne se désignent maintenant que d’une manière vague ou par des circonlocutions ; considérant enfin que dans le choix des noms à donner, il convient de préférer ceux qui se rattachent à certaines localités ou qui doivent servir à perpétuer le souvenir de personnages dont les uns nés en cette ville ont acquis de la célébrité, et dont d’autres ont des droits à la reconnaissance de ses habitans ; le Conseil aïant lui-même fait quelques modifications au travail dont il s’agit, par suite de la discussion à laquelle il a été soumis, l’a définitivement adopté ainsi qu’il suit.

 

La délibération donne ensuite la liste des rues en les localisant précisément et en les justifiant leur choix, qu’il soit mémoriel ou politique.

C’est à la même époque, en 1824, que l’on adopta une numérotation en continu en nombres pairs et impairs pour chaque rue ainsi que les plaques de rues indiquant leurs noms aux passants.

Le retour au pouvoir de la dynastie des Bourbons coïncide au Havre avec l’extension de la ville et du port. Les visites princières se multiplièrent dès 1817 et la municipalité donnera en retour les noms des membres de la famille régnante à nombre des rues tracées dans ce nouveau Havre : rues Caroline (duchesse de Berry), Charles X, d’Angoulême (le duc, prince de sang), Royale, Louis XVI, etc.

 

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Le Havre dans les années 1820 (1 Fi 145)

 

A son tour, l’avènement en 1830 du roi Louis-Philippe, qui signifiait un passage de la dynastie des Bourbons à celle des Orléans, se refléta rapidement sur les plaques de rues : rue et quai d’Orléans, place Louis-Philippe, etc.

Tout basculera à nouveau avec la proclamation du Second Empire en 1852. De nombreuses voies se mirent alors à évoquer le Premier Empire ainsi que l’épopée coloniale du Second en Algérie et au Mexique et les guerres du régime impérial en Italie ou en Crimée. D’autres rendaient hommage à la dynastie : cours Napoléon, boulevard Impérial, rue et chaussée de l’Impératrice, place Napoléon III, rue Bonaparte, rue de l’Empereur, rue du Prince-Jérôme, etc.

 

La conquête des faubourgs Leure, Ingouville, Sanvic et Graville

C’est dans les années 1820 et 1830 que le faubourg d’Ingouville devint industriel dans sa partie basse et résidentiel dans sa partie haute. A l’est, l’antique commune de Leure fut annexée en 1832 par celle de Graville qui prit alors le nom de Graville-Leure. L’année 1838 vit les premiers grands projets d’assainissement, d’industrialisation et d’urbanisation de Leure. Des rues furent tracées et ce quartier de Graville-Leure connut un réel essor à partir de 1852, essor qui se poursuivra jusque dans les années 1880 grâce à l’extension de la zone industrielle et portuaire et à la présence du chemin de fer dès 1847.

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Le Havre et ses environs en 1843 (1 Fi 2)

 

En 1852, le gouvernement de Napoléon III décida d’annexer au Havre la totalité de la commune d’Ingouville, la partie basse de Sanvic (quartiers des Gobelins et de Saint-Vincent) ainsi que la partie ouest de Graville-Leure (quartier de Sainte-Marie). Un train de délibérations du Conseil municipal du Havre vint en décembre 1854 et en 1855 dénommer toutes les nouvelles voies créées à cette occasion, et donner de nouvelles appellations aux rues dont les dénominations faisaient double emploi depuis les annexions. Ces délibérations entérinent et remercient l’empereur d’avoir bien voulu accéder à la demande de la ville de détruire les fortifications afin que « Le Havre pût s’étendre et se développer librement » :

 

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Délibération du 15 décembre 1854

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[Extrait]

M. le Maire impose que par suite de l’adjonction au Havre d’Ingouville et de partie du territoire des communes de Graville-L’Eure et de Sanvic, plusieurs des rues comprises dans le Havre actuel portent ou un nom parfaitement identique ou des noms se rapprochant beaucoup par la consonnance et pouvant amener dès lors une confusion préjudiciable au public. Il propose de faire cesser cet état de choses en adoptant les noms indiqués dans le tableau ci-dessous.

S’ensuit un tableau de propositions concernant les 32 rues concernées.

 

 

Le nouveau centre de Graville se rassembla autour du prieuré Sainte-Honorine et la nouvelle commune prit alors le nom de Graville-Sainte-Honorine. Du côté de Graville-Leure, le quartier de Sainte-Marie, qui sera annexé en 1852, était un immense lotissement privé avec sa place publique, son marché, son église, et ses immeubles de logements. Les noms des 92 nouvelles rues qui furent attribués par le maire de Graville-Leure font tous référence à l’histoire de la Normandie.

 

La « nouvelle ville » de Napoléon III

C’est en 1854 qu’il fut décidé de combler les fossés puis de démolir les remparts de la ville du Havre. Les fortifications devaient être remplacées par les forts dits de Sainte-Adresse, de Frileuse et de Tourneville pour la ville haute, des Neiges et de la Floride pour le port et l'estuaire, ainsi que par les batteries côtières du littoral jusqu’à Dollemard.

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Registre des délibérations du 19 mai 1853 et du 2 mai 1854,

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La carte de 1865

Cette gigantesque opération de démolition durera jusqu’en 1865 et s’accompagnera de la construction sur les espaces ainsi gagnés en pleine agglomération d’une nouvelle ville qui, achevée vers 1880, sera pourvue des édifices publics les plus modernes : hôtel de ville, sous-préfecture, palais de justice, bourse, caserne militaire, caserne des douanes et bien sûr gare de chemin de fer.

 

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Carte des extensions de la ville en 1854 (1 Fi 23)

 

La IIIe République

En septembre 1870, après la chute de l’Empire devant les Prussiens et l’avènement de la Troisième République, la Ville s’empressa d'effacer tous les noms qui glorifiaient le régime et la famille impériaux pour leur substituer des noms soit républicains (Raspail, Michelet), soit politiquement neutres, ou encore, comme cela se répétera en 1872, pour rendre hommage à des généraux (Faidherbe), à des soldats (Frédéric Bellenger) ou encore à des villes (Strasbourg, Phalsbourg, Bitche) dont le souvenir de la conduite héroïque durant la guerre contre la Prusse était susceptible de raviver sans cesse le sentiment patriotique national. L’heure était alors à la revanche…

Séance du Conseil municipal qui se tient le 6 octobre 1870, soit un mois après la bataille de Sedan, la défaite militaire contre la Prusse et la chute du Second Empire. Le Havre est assiégé et l’essentiel des délibérations concerne l’organisation de la Garde nationale, l’armement des défenseurs de la ville, l’achat de fusils et de mitrailleuses ou encore le transport des blessés par ambulances. Une décision est prise par le Conseil dans ce contexte de guerre à propos de la voirie :

 

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Registre des délibérations, 6 octobre 1870

1Dfm12

[Extrait]

Séance du 6 octobre 1870. Dénomination de rues et places Le Conseil s’occupe ensuite des nouvelles désignations de rues et il est d’avis que :
- La rue Bonaparte s’appellera désormais rue de Lorraine ;
- La rue de l’Empereur, rue de Metz ;
- La rue de l’Impératrice, rue de Toul ;
- La rue du Prince-Jérôme, rue de Phalsbourg ;
- Le cours Napoléon, cours de la République.

 

 

On inscrit dans l’espace public la chute de l’Empire et le retour à la République, et l’on rend hommage à la défense héroïque et à la perte de l’Alsace et d'une partie de la Lorraine.

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Délibération du 14 mai 1822 (1Dfm5, vue 35)
Délibération du 15 décembre 1854 (1Dfm16, vue 12)
Délibération du 19 mai 1853 et du 2 mai 1854 (1Dfm15, vues 37 et 105)
Délibération du 6 octobre 1870 (1Dfm33, vue 142)
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