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ARCHIVES - LE HAVRE   FR / EN
Portrait de l’Abbé Dicquemare (G. 270, MAH)
Exposition numérique

Esclaves, commerce et liberté

Le Havre, XVIIe - XIXe siècles

Les idées abolitionnistes

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Dès le milieu du XVIIIe siècle, la dénonciation de l’esclavage* et l’abolitionnisme* émergent sous la plume des philosophes des Lumières tels Montesquieu, l’Abbé Raynal ou encore Voltaire, Condorcet et Helvétius.

Ci-contre : Condorcet, Réflexions sur l’esclavage des nègres, 1781, Bibliothèque municipale du Havre, Cha 26.

 

Un timide mouvement anti-esclavagiste au Havre

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Le Havre dont l’économie repose sur le commerce portuaire doit une partie de sa prospérité à la traite*. Il est difficile, dans ce contexte politique et économique dominé par les négociants*, de voir germer puis s’épanouir les revendications abolitionnistes. Cependant, quelques personnalités locales ou liées au Havre s’affirment.

Des Havrais opposés à l'esclavage :

L’Abbé Dicquemare (1733-1789)

L’abbé havrais Jacques-François Dicquemare, savant naturaliste, s’affirme par ses propos dans le clan restreint des anti-esclavagistes havrais.

Ci-contre : Portrait de l’Abbé Dicquemare, fin XVIIIe siècle, gravure de B. A. Nicollet, Musées d’art et d’histoire du Havre, G. 270.

 

 

 

 

 

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Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)

En 1788, une autre voix d’importance se fait entendre, celle de Bernardin de Saint-Pierre. Né au Havre, parti comme ingénieur à l’Île de France (île Maurice), il découvre l’esclavage* mais aussi la déforestation et l’appauvrissement des terres par la spéculation et la culture irraisonnée. Il rapporte de ses voyages un récit sur les îles Mascareignes et un roman Paul et Virginie (1788).

Ci-contre : Bernardin de Saint-Pierre, né en 1737, mort en 1814, estampe, XIXe siècle, Musées d’art et d’histoire du Havre, G433.4

 

Édouard Corbière (1793-1875)

Au XIXe siècle, Édouard Corbière, ancien marin, écrivain et journaliste à Rouen puis au Havre, publie en 1823 dans le journal La Nacelle un Précis sur la traite des Noirs qu’il dénonce comme « la plus affreuse violation du droit des gens et le trafic le plus humiliant pour l’espèce humaine ». En 1832, alors rédacteur en chef du Journal du Havre, il publie un roman Le Négrier dans lequel il décrit la réalité des expéditions de traite.

 

Négociants et planteurs face aux abolitions

La Révolution française marque un temps particulier pour les armateurs* et négociants négriers* qui développent une stratégie d’influence pour défendre ce système. En effet, en définissant comme principe dans l’article 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, l’égalité entre les Hommes, le mouvement révolutionnaire française pose implicitement la question du maintien de l’esclavage* et du droit de vote pour les libres de couleurs*. Malgré l’éloignement des colonies, la dénonciation de l’esclavage apparaît d’ailleurs dans de nombreux cahiers de doléances et l’Assemblée nationale constituante lui consacre une cinquantaine de séances entre mars 1790 et mai 1791.

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Cependant, le négociant Jacques-François Bégouën (1743-1831), député du Havre, est élu délégué du Commerce auprès des Colonies par la Constituante. Devant l’assemblée, Bégouën sait défendre ses intérêts et ceux de son milieu. La pensée esclavagiste va également s’affirmer en utilisant divers canaux : presse, ouvrages. Les réunions franc-maçonnes normandes accueillent plus volontiers des négriers, contrairement aux loges parisiennes qui acceptent les adhérents de la Société des Amis des Noirs.

Ci-contre : Portrait de Jacques-François Bégouën, député du Bailliage de Caux, 1789, Musées d’art et d’histoire du Havre, inv. 2015.0.5.

Globalement, l’action des négociants des ports de traite* retarde l’abolition de l’esclavage qui intervient en 1794 sous la Convention. Il s’agit de la première abolition officielle par la France. Elle donnera lieu au Havre à la Fête de l’Affranchissement des Noirs célébrée le 20 ventôse an II (10 mars 1794). Mais en 1802, le système esclavagiste sera rétabli par Bonaparte.
Cependant, entre l’abolition de la traite négrière par la France en 1815 et l’abolition définitive de l’esclavage par la Seconde République en 1848, la traite illégale se poursuit. En 1840, le navire négrier Le Philanthrope, armé par Jules Masurier (1812-1878), maire du Havre de 1874 à 1878, est arraisonné dans l’Atlantique avec des esclaves à bord.

 

 

 

 

 

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Ci-dessus : "Bâtiment négrier fuyant les croiseurs et jetant ses esclaves à la mer", dessin de Léon Morel-Fatio, Le Magasin pittoresque, 1844, Musées d’art et d’histoire du Havre, inv. 71.371.

Glossaire

Armateur : Personne ou société qui arme des navires, c’est-à-dire qui exploite les navires en finançant leurs voyages.

Abolitionnisme : Courant de pensée qui émerge dans le dernier tiers du XVIIIe siècle dans le monde occidental et vise la suppression de l’esclavage. En France, ce courant est représenté par la Société des Amis des Noirs fondée en 1788.

Esclavage : État de soumission absolue d’une personne, propriété d’un maître.

Libres de couleurs : Noir ou métis des Antilles qui est libre et non esclave.

Négociant : Personne qui, grâce à sa richesse, se livre à une activité commerciale d’achat et vente de produits pour en tirer des bénéfices.

Négrier : Européen qui se livre au commerce des esclaves noirs.

Traite négrière : Commerce d’esclaves dont les victimes étaient des populations noires.

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